Presse / Critiques

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«Vague d’effroi»: voyage au bout de l’hiverÉdition du 6 janvier 2018,
Michel Bélair
On se rend moins compte de la particularité d’une ville comme Montréal quand on y vit tous les jours. C’est encore plus évident quand on pense à Montréal l’hiver : le froid, la neige, les tempêtes à répétition et la poudrerie sifflant aux coins des rues… Il faut presque l’oeil d’un observateur extérieur pour se rendre compte de l’unicité de tout cela. Surtout quand on y rajoute les misérables forteresses de carton des sans-abri couchés près des rares sources de chaleur.
Voici un livre étonnant qui raconte la beauté, la poésie et l’effroyable dureté de l’hiver montréalais que traverse difficilement la cohorte fantomatique des itinérants. Et il aura fallu la voix unique d’un Irlandais né à Cork et vivant ici pour nous en faire saisir le relief si particulier.

Soulagement permanent

Même si Peter Kirby s’est vu décerner le prix Arthur-Ellis en 2016 pour Open Season, son nom est peu connu. [Lire la suite]

La Presse – section ARTSÉdition du 22 octobre 2017,
POLICIER :: LE MEILLEUR DU POLAR
NORBERT SPEHNER – COLLABORATION SPÉCIALE

MONTRÉAL, SCÈNE DE CRIME…
Vague d’effroi
Peter Kirby
Éditions Linda Leith
310 pages
****
À Montréal, à la veille de Noël, un tueur énigmatique assassine des sans-abri. Responsable de l’enquête, Luc Vanier subit la pression de sa hiérarchie qui exige des résultats rapides. Dans la première partie, l’inspecteur découvre le monde étrange des sans-abri et des soupes populaires, une expérience éprouvante que Kathy Reichs a appelée « une traversée saisissante des profondeurs sombres et brutales de Montréal », alors que sévit un froid glacial. Peu à peu, alors que les langues se délient et que les meurtres se multiplient, les policiers sont amenés à se tourner plutôt vers les sphères de la haute société québécoise et de l’Église catholique, où ils vont mettre à jour des scandales de corruption, des magouilles immobilières et autres secrets sordides.

Plusieurs auteurs de polars ont choisi Montréal comme scène de crime, notamment l’Américain Trevanian, Marie-Ève Bourassa, Maxime Houde, Hervé Gagnon, Jean Charbonneau ou Jacques Savoie, mais rarement la ville aura-t-elle eu une présence aussi prenante que dans Vague d’effroi, du Montréalais Peter Kirby, dont le titre anglais, The Dead of Winter, traduit mieux l’ambiance glaciale et funèbre qui imprègne cet excellent roman noir.

EXTRAIT

« Nelson s’accroupit et se mit au travail. Il souleva les couches de couvertures. Un autre visage buriné, sillonné de rides profondes. Un homme dans la quarantaine, ou peut-être plus jeune. Les gens de la rue vieillissent vite. Vanier examina le corps et se demanda comment une personne allongée sur le ciment pouvait se garder au chaud dans la nuit glaciale de Montréal. Malgré les multiples épaisseurs, les journaux glissés contre la peau, la chemise, les pantalons, un chandail, un manteau et les couvertures sales, le froid finit par s’infiltrer jusqu’au milieu du corps. Comment un homme arrive-t-il à dormir ainsi, sans se faire réveiller par le froid ? »